Lors d'une discussion avec un sympathique argentin de Rosario, j'ai entendu pour la première fois le mot "primer-mundista". Il me parlait des Chiliens, et me disait qu'ils étaient très premier-mondistes, dans le sens de "dépensiers et consuméristes". Je n'avais jamais entendu quiconque utiliser cette expression (ni en espagnol, ni en français), mais je l'ai comprise tout de suite par déduction - comme on comprendrait le sens d'"introverti" à partir de celui d'"extraverti".
Premier-mondiste, Premier-monde... Des expressions qui existent, mais que l'on n'utilise (quasiment) jamais. Ça m'a fait une drôle d'impression de réaliser ça soudainement, un peu comme si sa phrase avait déraillé de la conversation pour venir s'éparpiller avec fracas tout au fond de ma tête.
Le Tiers-monde, on en parle tout le temps. Tiers-mondiste, ça s'utilise aussi pour les partisans du développement du Tiers-monde. Même si la terminologie d'Alfred Sauvy a évolué depuis sa création, on continue de l'utiliser très largement.
Dans les années 50, on distinguait Premier-monde (bloc démocratique capitaliste), Second-monde (bloc soviétique), et Tiers-monde (bloc non-aligné et sous-développé).
Depuis la chute du bloc soviétique, le concept se réfère essentiellement à des différences de développement socio-économique (mais le découpage en soi est resté à peu près le même).On ne parle pourtant jamais du Premier-monde : on parle de pays riches, de pays développés, d'économies (post)-industrielles, etc... de tout ce que vous voulez, mais pas de Premier-monde. Et c'est ça qui m'a frappé, dans le fond : le fait que le concept même de Premier-monde se situe dans l'angle mort de notre pensée. J'ai l'impression que nous autres pays développés ne nous visualisons jamais comme le Premier-monde, c'est une idée qui nous échappe. Parce que le Premier-monde, ce sont sans doute les "pays développés" vus à travers les yeux des pays en développement. Tout comme le Tiers-monde sont peut-être les pays sous-développés vus depuis chez nous. Une question de perspective, en somme.
Bon, ceci dit, l'Argentine, c'est très loin d'être le Tiers-monde : c'est ce qui correspondrait au Second-monde, même si certaines inégalités y semblent beaucoup plus criantes.
Promis, le prochain article sera rigolo.








